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A Grandrif, on ne veut pas entendre parler de « surconsommation »

868 millions de tonnes de déchets. C’est ce que la France produit, chaque année, toutes structures confondues, et dont près de 30 millions pour les ménages que nous sommes (chiffres de l’ADEME). Des montagnes d’ordures qu’il faut traiter, au prix fort, puisque cela nous coûte près de 12 milliards d’euros pour les évacuer, les traiter, les recycler quand c’est possible… Les déchets sont un symbole puissant des sociétés de consommation (et de sur-consommation), puisque nombre d’objets servent ‘mal’ : je ne jugerais pas ici de leur utilité pour chacun, mais de la manière dont ils sont conçus : des biens peu durables, dans des matières peu propres, avec une utilité souvent réduite voir « instantanée » pour certains gadgets que l’on utilise une fois ou deux avant de les oublier dans le fond d’un grenier. On ne peut pas tout traiter, par contre, certains ont trouvé un moyen plutôt amusant de détourner ces objets privés d’utilisation en en faisant tout un art.

C’est ce qu’on appelle « l’art du recyclage », ou l’art poubelle, parfois, une variante intéressante de l’art brut qu’avait déjà sublimé le Facteur Cheval et son « palais idéal » fait de bric et de broc.

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Le concept est simple : plutôt que d’aller acheter, comme de nombreux artistes, de la peinture, du papier, des métaux, et tout autre instrument de conception, on les trouve dans le quotidien, en récupérant les objets qui ne servent pas ou plus. Résultat : ça ne coûte rien (à part de la place pour stocker ou exposer ces objets) et on évite de jeter de vieux objets en leur donnant une seconde vie. Le décalage, par exemple, entre une poupée que vous n’avez plus utilisé depuis plus de 20 ans et que vous « greffez » à d’autres objets de ce type (vieux, souvent moches et non utilisés) lui donne un sens nouveau. Pas celui qu’a voulu le producteur de la poupée (un jouet pour enfant), mais celui qui ressortira de vos assemblages. Récupérer une quarantaine de poupées et les aligner sur un même support pour les peindre en rouge donnera un effet certain à ces vieilleries !

Deux exemples d’art de la récup qui font parler d’eux, à Lyon et à Grandrif dans le Puy-de-Dôme (63). A Lyon, c’est la Demeure du Chaos qui pousse très loin le concept de récupération, en y joignant un aspect politique qui critique de manière directe nos sociétés de profit et de consommation. Tout y est noir, noirci, et leur spécialité, c’est le « recycl’art » de gros objets, puisqu’on y trouve pêle même des voitures, un tractopelle et même un avion ! La mairie et les riverains se sentent agressés par cette débauche d’objets morts retournés à une seconde vie, avec des procès pour la fermeture de la Demeure qui n’aboutissent pas (mais des fermetures partielles ont déjà eu lieu).

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A Grandrif, petit commune du Massif Central, c’est un autre artiste qui ressort de leurs tombeaux les objets mis un peu trop vite à la poubelle, et à voir son oeuvre maîtresse, qui s’appelle « Thanatos, euh! euh! euthanasié », il est tombé sur un filon en or ! L’artiste fouineur des restes de la consommation, Henri Grange, est d’ailleurs lui aussi inquiété par la maire de son village, Suzanne Labary, qui début juillet lui intime de cesser de mettre sous le nez des riverains ce que l’on pourrait appeler leurs « excrêments de consommation », avec la gendarmerie en copie. Fair-play. Sont-ils à ce point hantés par le fait de jeter systématiquement des objets inutiles achetés compulsivement ? Car c’est évidemment en plein air et dans l’espace public que ces ordures font « mouches », pas dans une salle d’exposition parisienne réservée au petit nombre. N’hésitez pas en passant dans ce coin magnifique à aller saluer l’artiste et échanger quelques bribes de réflexions sur notre monde plus jeteur qu’acheteur au milieu de ses zombies qu’il parvient à recréer (ci-dessous quelques détails de son installation).

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Alors, tabous, nos abus d’achat et notre propension à jeter à tout va ? Je vous recommande aussi la lecture du long article d’Hélène Crié-Wessner qui résume deux ouvrages importants de réflexion sur capitalisme et écologie.

Article publié par Luc Delporte, Consommaction

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Thanatos euh! euh! euthanasié, l’installation par où le scandale arrive à Grandrif

C’est l’histoire d’une obscure commune rurale du Massif Central, propulsée au fil des derniers mois au rang de centre vivant de l’art contemporain. C’est l’histoire d’un poète qui se propose un beau matin d’ « euthanasier Thanatos » (la mort en grec) par une fresque qui atteindra 27 mètres. C’est l’histoire, finalement, de la querelle des anciens et des modernes, version France (très très) profonde.

Au commencement était le bégaiement épars du sensible occidental. Ces bribes, fragments indéterminés d’une modernité prise dans son processus d’auto-engloutissement, chacun les croise en son séjour, les ordonne de son mieux, ou cherche à s’en désaisir : vieilles brosse à dents, poupées plastiques, bottins divers, téléphones hors d’usage, jouets oubliés, batteries de voiture, débris alimentaires, tout ce qui s’use, tout ce qui prétend ne pas s’user, et retourne à ce poudroiement innommable, pour lequel l’homme moderne a inventé un lieu : la poubelle.

L’art brut, depuis longtemps, a réalisé l’Aufhebung, l’abrogation de ces matériaux qui en est également la conservation et la relève, dans une démarche dont la dénonciation de la frénésie consumériste est indissociable. Mais d’oeuvre en oeuvre, d’installation en installation plutôt, puisque le propos est moins de créer que de suspendre le statut d’un ensemble d’objets prééxistants, on abouche au même épuisement du réel, attesté phénoménologiquement dans la frustration du spectateur : qu’est-ce qui, dans cet art des choses im-mondes, détachées de notre monde, est en jeu ? La mise en scène de l’usure du désir par le désir? La vie, quand elle cesse de vivre la vie? Tentative de réponse.

L’installation Thanatos euh! euh! euthanasié a vu le jour par la malice d’Henri Grange, poète (dé)localisé en ce paisible village de Grandrif tirant son nom d’un ruisselet qui y dégringole des sombres forêts avoisinantes, auteur du joli recueil « J’aime armer mon coeur d’un amour qui désarme » (Arco, 1983). Picorant dans la zone des bacs à ordures bétonnés communaux, qu’il tient pour le sanctuaire artistique local, dans les déchetteries environnantes, dans son patrimoine éclectique surtout, il entreprend au début de l’été 2009 une fresque qui couvrira petit à petit le mur faisant face à sa maison, limitant une ruelle sans issue. La municipalité, s’élevant le 4 juillet à l’âcmè du politique en tant que tel (c’est-à-dire compris, avec Carl Schmitt, comme instance de discrimination de l’ami et de l’ennemi), déchaîne ses foudres, lui intimant par recommandé, suite à « plusieurs réclamations de riverains » et « après consultation du conseil » de « libérer l’espace public », sous peine de poursuites. La gendarmerie, cela va de soi, est en copie.

Mais le fautif court toujours ; et son installation reçoit chaque jour la visite de quelques curieux, amateurs ou journalistes locaux. C’est qu’il importe, précisément, que cette oeuvre se situe sur le territoire communal : dans la continuité de l’espace public, ce vortex disloquant le monde d’objets ouvre une brêche dont la condition d’apparaître est précisément qu’elle se trouve « au coin de la rue ». Alors que dans un musée la scénographie redouble en quelque sorte l’acte artistique de l’installation, Thanatos euh! euh! euthanasié surgit dans la suite d’un monument aux morts, d’un grand Christ douloureux, du chevet de l’église, ordonnés du coup à l’abord de cette expérience : avoir un pied dans le réel funéraire, et l’autre qui glisse.

Le caractère intempestif de Thanatos euh! euh! euthanasié prend alors une dimension politique. Simplement exposée, l’installation eût assumé la gaze anodine qui nimbe les productions du 1% culturel. Imposée, elle convoque le promeneur à une exigence neuve : celle de consentir au réel dévoilé – les journalistes de la Gazette du cru l’ont bien compris, qui écrivent que l’oeuvre a le mérite de « ne laisser personne indifférent » ! Car cet amas ne fait pas autre chose, finalement, que de restaurer des objets voués à la disparition pour mettre le spectateur face à leur ensemble, et par là face une forme de vérité du monde qu’il habite. Prise de conscience écologique, dénonciation de notre rapport dévoyé à l’outil… chacun y trouvera ensuite son manger.

Mais Thanatos euh! euh! euthanasié ne propose pas seulement de préserver quelques bégaiements du réel de son inéluctable disparition ; toute ouverte à une transcendance qui s’atteste dans l’évocation d’une mariée, dans le futur arc-en-ciel qui viendra couronner le mur en parpaings surplombant l’installation, et bien évidemment dans la croix, manifeste dérisoire et incontournable du rachat au coeur de l’immonde, l’installation emporte également une dimension proprement théurgique, dans la mesure où la mort de la mort s’y avoue dans l’ordonnancement de presque riens. Le caillou, le bout de chiffon, ces bribes indicibles, ne disent-ils pas plus adéquatement ce qui, produisant toute détermination, n’en peut recevoir aucune ? Et le petit ordre bizarre de ces pauvretés ne célèbre-t-il pas plus justement, c’est-à-dire en toute dissemblance, le principe de tout ordre ? La célèbre assertion prêtée à Flaubert, « Dieu est dans le détail », peut se comprendre en ce double sens : que dans le plus petit se révèle mieux le plus grand, par apophase ; et que le soin que l’homme y apporte le rapproche du divin. A l’âge du global, de l’instantané, de la fausse grandeur, voilà qui pourrait bien faire véritablement scandale…

Voir l’installation

Article paru sur Le Post le 21 octobre

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Du Rififi à Grandrif

Henri Grange - Thanatos euh euh euthanasiéHenri Grange : « Grandrif fait partie de la dernière communauté de communes à ne pas adhérer au centre culturel Le Bief. Un territoire ne peut pas se contenter que de poubelles bétonnées. »

Inutile de préciser qu’il a réussi son coup. Henri Grange se défend pourtant de toute provocation. Son geste se veut artistique et seulement artistique. Lundi 20 juillet au matin, madame le maire de Grandrif est venue lui signifier, une nouvelle fois (1), de bien vouloir « libérer l’espace public » dans les plus brefs délais. Un « diktat » auquel l’artiste (ainsi Henri Grange se revendique) refuse catégoriquement de se soumettre.

L’objet du délit prête d’emblée au sourire. Au fil des mois (son « chantier d’art » a démarré en avril dernier), Henri Grange, 57 ans, a accumulé devant sa propriété (une allée sans issue, propriété communale) un « amas hétéroclite » (selon la formule du conseil municipal de Grandrif) d’objets récupérés ça et là, dans les déchetteries du coin, les magasins de bricolage et son garde-souvenirs.
Ce qui n’était au départ qu’un « amusement » est devenu progressivement sa raison d’être. Sa « fresque » ou son « installation » (pour parler comme les musées) a pris de l’ampleur (27 mètres) et son auteur affirme que ce n’est pas terminé. Mais des objets entreposés (avec discernement selon l’artiste), la municipalité n’y voit qu’une source de « pollution visuelle » pour l’environnement.De fait, l’histoire est en passe de devenir le feuilleton de l’été à Grandrif. Et l’agitation suscitée par son entêtement (et quelques solides arguments) lui offre (provisoirement ?) le beau rôle. Nous avons voulu connaître les motivations du personnage et l’objet du scandale.

Par honnêteté intellectuelle, précisons d’emblée deux petites choses.
Premièrement, il faut l’avouer, ce sujet nous a d’emblée excités (intellectuellement). Qu’il puisse exister à Grandrif, village de 200 âmes un « artiste maudit » ou tout le moins, un empêcheur de tourner en rond (qui plus est, dans la torpeur estivale), cela ne saurait nous laisser indifférent. Autre précision d’importance. Journaliste localier, nous ne faisons pas profession de critique d’art. Nous ne jugerons donc pas ici de la pertinence intrinsèque de « l’œuvre » et nous ne nous sentons pas même qualifiés pour déterminer si la « (ré)création » ou « (re)création » d’Henri Grange constitue une « œuvre » d’art… ou de cochon. A la question « qu’est-ce que l’art ? », Henri Grange répond habilement : « C’est sa vie qui doit être une œuvre d’art. » Voici le personnage que nous avons rencontré vendredi dernier, sous la pluie.

L’entrevue a donc logiquement débuté dans la pièce principale. Avec la prudence d’usage : ne faites pas attention à mon intérieur… Mais comment ne pas faire attention à l’intérieur d’une maison sur laquelle il est apposé l’inscription « défense d’entrer » ? Oui, sa maison est un fatras. Comme son installation ? Cela fait 17 ans qu’il habite Grandrif. Donc, il n’est pas né ici. Et il en est presque fier parce que « les imbéciles heureux qui sont nés quelque part, il y en a marre ». La trouvaille est de Brassens. Dans sa maison en pagaille, on remarque, en vrac, des cagettes de fruits, une pile de vieux canards (enchaînés), une ribambelle de chats, un sac d’oignons, et puis une gazinière, neuve d’apparence, cela surprend de prime abord.

Tomates ou caviar ?

Une éclaircie nous offre un répit. L’occasion de retourner sur le « domaine public », devant chez lui, devant cette « œuvre » au titre énigmatique (et pas seulement loufoque) : « Thanatos(2) euh ! euh ! Euthanasié. » « A Grandrif, affirme Henri Grange, y’a rien à part le monument aux Morts et cette croix terrifiante sur la place du village. » Une manière de dire que son œuvre, c’est « quelque chose ». En tout cas, « dans la sémiologie générale, je m’y retrouve », assure-t-il. Henri Grange nous présente alors « le coin de la guerre », puis une croix en aluminium, positionnée au centre de l’installation, réalisée en paquets de gâteaux. Henri Grange se présente comme un « artiste chrétien ». « Pas catholique », précisera-t-il plus tard dans la conversation, seulement « chrétien ». Ainsi, Henri Grange croit en la résurrection et le titre de son œuvre prend une dimension nouvelle. En faisant « mourir la mort », Henri Grange nous offrirait ni plus ni moins qu’une nouvelle vie. Et peut-être même davantage : une vie nouvelle.

Maintenant que nous y sommes, décrivons sous la forme d’un inventaire (c’est beaucoup plus pratique et poétique) ce fameux « amas hétéroclite ».En vrac et dans le désordre. Une batterie de voiture ornementée d’une patate en germe (le poète, parce que l’artiste est aussi et surtout un poète, nous ne l’avions pas encore mentionné, aime à l’évidence le mélange entre nature et culture). Un bidon d’huile. Un dictionnaire. Un couvercle de poubelle. Une doudoune style « Les bronzés font du ski ». Une poupée. Une échelle. Une boîte de thon. Une revue « Le Pacifiste » et sa Une : « Dossier spécial les images de son voyage à Jérusalem ». Lui n’a ja- mais mis les pieds en terre sainte. Un abécédaire en bois. Autre jouet de sa fille. Des stabilos dans leur étui d’origine. Son projet serait de peindre les couleurs inversées de l’arc-en-ciel sur le mur en moellon du voisin (celui-ci est paraît-il d’accord). Un pneu Michelin usé jusqu’à la corne. Un arrosoir à moitié plein. Des bouteilles (vides) de bières en 33 cl. Un rétroviseur cassé. Un téléphone et sa notice. Un minitel. L’inscription « Entrée ». Une pochette de Fernand Reynaud. La Une du journal « La Terre » et cette accroche : « Tomates ou caviar ? » Henri Grange croit savoir que « les policiers sont venus faire des photos » quand il n’était pas là. Et cette possibilité ne lui déplaît pas. Il évoque en filigrane son admiration pour l’écrivain irlandais James Joyce, ainsi que Samuel Beckett et  son théâtre de l’absurde. Mais il n’est pas le survivant de Ferdinand Cheval et son « palais idéal ». Délire d’un fou consacré aujourd’hui comme un chef-d’œuvre de l’art brut. La plupart des objets collectés par Henri Grange sont de plastique tous droits sortis des années 80 (et non de la pierre et des coquillages). Peu de chance donc que ces objets survivent à sa résurrection. Poursuivons cette lente description.
Une raquette de badminton. Une plaque avec l’inscription « A vendre ». Un casque de moto. Un poème signé Henri Grange : « j’aime armer mon cœur d’un amour qui désarme. » Un bidon de crème solaire résistante à l’eau. Un pot d’échappement. Une chaise sans pied (soi-disant, une « offrande » de la mairie). Une boîte d’aspirine sans aspirine. Une passoire trouée rouillée. Un rasoir bic. Une tête d’ananas séché. Différents coquillages.

« J’irai jusqu’au bout… »


Sa récolte provient des soldes chez Aldi ou Bricorama. De diverses brocantes. De déchetteries, d’Ambert et d’ailleurs. De jouets de sa fille. De ses effets (usagers) personnels. Et même de « dons » (nous tairons le nom des généreux donateurs). Le député Chassaigne lui a conseillé de « faire de la pédagogie ». Mais on l’imagine mal, Henri Grange, « faire de la pédagogie ». « J’irai jusqu’au bout », fanfaronne-t-il. « Si elle veut la guerre, elle l’aura. La mauvaise foi communale est évidente. L’installation ne gène pas la circulation. » Et le poète d’aggraver son cas : « Je reconnais qu’ils me font un peu chier… mais je n’ai rien contre les cadres retraités de chez Michelin. » Henri Grange vient de terminer l’écriture d’une pièce de théâtre « dont la fin ne sera jamais la même ». Le 18 juin dernier (et précisément le 18 juin, mais nous avons promis de conserver secrète sa relation intime avec le général de Gaulle), le poète s’est lancé dans la création d’entreprise (« Nano Entreprise Jex, Nous », c’est le nom de sa petite entreprise). Son objectif : assurer la « résurrection » des poèmes-missives de Jean Rousselot. Enfin, Henri Grange n’est pas peu fier de nous présenter sa dernière création (traduite dans la langue de Shakespeare) et imprimée sur papier Richard de Bas s’il vous plaît (avec en fond, un arc en-ciel aux couleurs inversées, une obsession décidément). Tout cela pour dire qu’Henri Grange est un artiste affirmé sinon reconnu. Et que son « amas hétéroclite » ne relève « pas de la provocation ». Avec le vent, la pluie et la grêle, Henri Grange a constaté que son œuvre « résiste assez bien ». Aussi, attend-il la suite des évènements avec une certaine jubilation. « Pour moi, ceci n’est pas une pollution visuelle », nous dira (fort diplomatiquement) le poète au moment de conclure.

Maxence SCHOENE.

(1) Suite à « plusieurs réclamations de riverains » et « après consultation du conseil municipal », le maire de Grandrif, Suzanne Labary, a envoyé à Henri Grange, le 4 juillet dernier, une lettre recommandée (avec accusé de réception et double à la gendarmerie) pour lui demander de « libérer l’espace public » avant le 20 juillet, sous peine de poursuites. La missive précise que « l’ensemble des objets retirés ne devront en aucun cas se retrouver dans les bacs à ordures ménagères de la commune, ni au point d’apport volontaire ».

(2) Dans la mythologie grecque, Thanatos est la personnification de la Mort.

Article paru dans LA GAZETTE – JEUDI 23 JUILLET 2009 – PAGE 25

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Le poète se rêve artiste mais cela n’est pas du goût de tous

Henri GrangeC’est une oeuvre d’art un peu particulière qui a pris place à Grandrif. Le poète Henri Grange, installé dans ce petit village depuis 17 ans, s’est découvert une âme d’artiste en avril dernier.

Il a alors commencé à agencer entre eux des objets hétéroclites trouvés ça et là : brosse à dents, poupées, croix, faux, dictionnaire, téléphone? Le tout entreposé dans son impasse du centre bourg. « À chacun d’y voir ce qu’il veut », explique cet homme de 57 ans. L »uvre intitulée « Thanatos heu ! heu ! Euthanasié » n’est pas encore terminée. Mais elle fait déjà 25 mètres de long : « Au début, cela faisait rire tout le monde, mais maintenant que cela a pris de l’ampleur? ».

Et s’il y en a une qui ne rit pas du tout, c’est bien Madame le maire de Grandrif. « Pour moi ce n’est pas de l’art, c’est un amas sur le domaine public, rappelle Suzanne Labary. C’est une nuisance pour les voisins ! ». Le Conseil municipal a donc décidé de lui envoyer un courrier recommandé pour le sommer d’enlever, d’ici le 20 juillet, « les objets qui pour la plupart ont été prélevés dans les bacs à ordures de la commune ». Le conseil évoque « un danger pour les riverains et à coup sûr, il est source de pollution visuelle ».

Si Henri Grange ne fait rien, une plainte sera déposée. L’artiste, lui, dénonce « ces élus qui s’érigent en censeurs publics » et a placé sa création sous la protection de la Vierge Marie. Il compte bien faire de la « résistance passive » et ne pas laisser détruire sa création. À suivre.

Article paru dans La Montagne le 11 juillet 2009

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